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5 %, qui dit plus ?

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Drapeau français et pièces en euros devant une courbe de taux d'intérêt qui grimpe en flèche

5 %.

Nous n'y sommes pas encore tout à fait, mais nous y sommes presque.

Cette semaine, le taux auquel la France emprunte à dix ans a frôlé les 5 %, atteignant 4,994 %. Il faut remonter à 2002 pour retrouver de tels niveaux.

Pendant des années, nous avons vécu avec l'idée que la dette publique était un problème sérieux, certes, mais finalement assez abstrait. Une ligne dans les débats budgétaires. Quelques milliers de milliards dont personne ne parvient vraiment à se représenter la réalité.

Tant que les taux étaient proches de zéro, nous pouvions même nous raconter que ce n'était finalement pas si grave.

Ce temps-là est terminé.

La France a désormais une dette publique de 3 595 milliards d'euros, soit 119 % du PIB. Elle a encore augmenté de près de 60 milliards au seul deuxième trimestre 2026.

Et maintenant, le prix de cette dette monte.

Je dois avouer que ce qui me surprend le plus est que nous ayons réussi à tenir aussi longtemps.

Je pensais que le mur arriverait beaucoup plus tôt

Je me souviens très bien de 2006.

Je vivais alors aux États-Unis et je commençais déjà à m'inquiéter sérieusement de la trajectoire des finances publiques françaises. Quelques années plus tard, en 2009, j'utilisais même le mot de « faillite » et pensais que la France finirait rapidement par se retrouver au pied du mur.

Je me suis clairement trompé sur le calendrier.

La France a tenu beaucoup plus longtemps que je ne l'imaginais.

Les taux d'intérêt ont baissé. Puis ils sont devenus extraordinairement faibles, parfois même négatifs. La Banque centrale européenne a acheté massivement de la dette. Les crises se sont succédé et, à chaque fois, nous avons trouvé une bonne raison d'emprunter davantage.

Crise financière.

Covid.

Énergie.

Pouvoir d'achat.

À chaque fois, les dépenses pouvaient individuellement se justifier. Le problème est leur accumulation sur une situation budgétaire qui était déjà mauvaise avant les crises.

Aujourd'hui, le ministère des Finances prévoit une dette à 119,3 % du PIB en 2026 et 121,7 % en 2027. Le déficit resterait autour de 5,4 % cette année.

On peut encore discuter pendant des heures pour savoir quel gouvernement est le plus responsable.

Cela ne change plus beaucoup la situation dans laquelle nous nous trouvons.

5 % ne signifie pas que toute la dette française coûte soudain 5 %

C'est important de le préciser.

Lorsque le taux à dix ans approche 5 %, les 3 600 milliards de dette publique française ne se mettent évidemment pas, du jour au lendemain, à produire 5 % d'intérêts.

L'État a emprunté à des dates différentes et à des taux différents. La dette négociable de l'État a actuellement une durée de vie moyenne d'un peu plus de huit ans. Le taux moyen des OAT émises en 2026 est encore de 3,55 %.

Le problème est donc progressif.

Mais il est précisément pour cela assez redoutable.

Chaque année, une partie de l'ancienne dette arrive à échéance. Il faut la refinancer.

Et comme la France continue par ailleurs à dépenser davantage qu'elle ne prélève, elle doit aussi emprunter pour financer son nouveau déficit.

En 2027, la France envisage ainsi d'émettre environ 340 milliards d'euros de dette à moyen et long terme, un record.

Si les taux restent proches de 5 %, une dette autrefois refinancée à 1 %, 2 % ou 3 % sera progressivement remplacée par une dette beaucoup plus chère.

C'est là que le piège se referme.

L'argent versé aux créanciers n'ira pas ailleurs

Le budget 2026 prévoyait déjà environ 59 milliards d'euros pour la charge de la dette.

Avant même la flambée actuelle des taux, le gouvernement anticipait environ 77 milliards en 2028, simplement parce que la hausse des taux se transmet progressivement au stock de dette.

Et c'est là que les milliards commencent à devenir très concrets.

Un euro dépensé en intérêts ne peut pas simultanément financer un professeur, un hôpital, un policier, une route ou une politique de recherche.

Bien sûr, l'État peut continuer à emprunter.

Il peut augmenter les impôts.

Il peut réduire d'autres dépenses.

Mais il n'existe pas de quatrième solution magique.

Nous entrons donc dans une période où une part croissante de nos choix politiques risque d'être dictée non par ce que nous aimerions faire, mais par ce que nous pouvons encore nous permettre de faire.

C'est cela qui m'inquiète.

Et ce sont rarement les plus solides qui souffrent le plus

Lorsqu'un État doit brutalement rétablir ses comptes, on parle de « rigueur », de « consolidation budgétaire » ou d'« effort structurel ».

Les mots sont propres.

La réalité l'est généralement moins.

Les investissements sont repoussés.

Les recrutements sont ralentis.

Les services publics fonctionnent avec moins de moyens.

Certaines prestations sont rabotées.

Les impôts peuvent augmenter.

Or les Français les plus aisés ont davantage de solutions de remplacement.

Lorsque l'école publique fonctionne moins bien, ils peuvent envoyer leurs enfants dans le privé ou financer des cours particuliers.

Lorsque l'accès aux soins devient difficile, ils peuvent plus facilement payer.

Lorsque certains services publics se dégradent, ils disposent généralement de plus de possibilités pour contourner le problème.

Les ménages modestes, eux, dépendent beaucoup plus directement de la qualité de ces services.

C'est pourquoi une mauvaise gestion des finances publiques, que l'on présente parfois comme un sujet abstrait réservé aux économistes, finit souvent par devenir une question profondément sociale.

La dette permet de repousser la facture.

Elle ne la supprime pas.

2027 : le prochain président n'arrivera pas avec une page blanche

C'est peut-être le point que nous devrions avoir à l'esprit lorsque commencera réellement la campagne présidentielle.

Les candidats vont promettre.

Des baisses d'impôts.

Des augmentations de salaires.

Davantage de policiers.

Davantage de professeurs.

Davantage d'hôpitaux.

Une meilleure défense.

La transition énergétique.

La réindustrialisation.

Tout cela peut être souhaitable.

Mais la personne qui entrera à l'Élysée en 2027 héritera aussi d'une dette autour de 120 % du PIB, d'un déficit encore très élevé et de marchés financiers qui demandent désormais à la France une rémunération proche de 5 % pour lui prêter à dix ans.

Sa liberté sera donc beaucoup plus faible que celle de ses prédécesseurs.

Les marchés ne gouvernent pas la France.

Mais celui qui doit emprunter plusieurs centaines de milliards chaque année ne peut pas totalement ignorer ceux auxquels il demande cet argent.

C'est une réalité assez simple.

Pourtant, je ne crois pas au déclin inéluctable

Ce texte pourrait s'arrêter ici et devenir un énième article annonçant l'effondrement français.

Ce n'est pas ce que je pense.

La France dispose encore d'atouts considérables.

Une population éduquée, malgré les difficultés de l'école. Des entreprises mondiales. Une épargne privée très importante. Des ingénieurs. Une industrie qui peut renaître. Une agriculture puissante. De l'énergie nucléaire. Des infrastructures solides. Une position géographique exceptionnelle. Une capacité d'innovation bien réelle.

Nous ne sommes pas un pays pauvre.

Nous sommes un pays riche qui vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens publics.

Ce n'est pas la même chose.

Et c'est précisément pour cela que la situation peut encore être corrigée.

Mais probablement plus sans douleur.

Pendant des années, chaque gouvernement a pu repousser certaines décisions au suivant.

Le prochain n'aura peut-être plus cette possibilité.

À presque 5 % sur dix ans, les marchés commencent simplement à nous rappeler quelque chose que nous aurions dû savoir depuis longtemps :

l'argent a de nouveau un prix.

Et lorsque l'on en doit 3 600 milliards, ce prix finit par compter.